La Belgique est officiellement entrée en récession. Jusqu'il y a peu, épargner était le maître-mot, mais aujourd'hui, l'accent semble à nouveau se porter sur la croissance économique. Alors, comment sortir de la crise et relancer le moteur ? Six dirigeants d'entreprise expliquent comment nous pouvons stimuler cette croissance. Christ'l Joris est présidente d'Etap Lightning, une entreprise qui crée des éclairages industriels et de bureau. Elle préside aussi la fédération technologique Agoria. Selon elle, les pouvoirs publics doivent soutenir les entreprises qui sont encore en Flandre, surtout celles qui emploient un personnel nombreux et se montrent innovantes. Dès que ces entreprises accroissent leurs ventes en Belgique et à l'étranger, elles créent automatiquement de nouveaux emplois. Avec son frère, Caroline Van Marcke tient les rênes du groupe homonyme, une des entreprises familiales qui réussissent le mieux en Flandre. Elle estime que l'économie flamande ne peut pas uniquement tourner sur les services, et qu'il faut créer davantage de tissu industriel. Patrick De Maesneire, qui est depuis 2009 le patron mondial du géant du recrutement Adecco, partage cet avis : "Si nous n'attirons pas d'industries, nous ne viendrons jamais à bout du chômage parmi les moins formés." Hans Bourlon est co-CEO de l'entreprise de divertissement Studio 100 et a été élu "Manager de l'Année" en 2008; il va jusqu'à dire qu'une partie de l'activité textile délocalisée en Chine pourrait revenir en Flandre, puisque le transport et le pétrole augmentent, que les salaires en Chine en font autant et que les restrictions écologiques se font de plus en plus strictes. Pour Christ'l Joris, les pouvoirs publics doivent fournir davantage d'efforts en matière de formation pour les métiers techniques, et les techniciens étrangers devraient également pouvoir venir travailler en Belgique plus facilement afin de remédier à la pénurie de profils techniques dans les entreprises. Joris estime aussi que les travailleurs belges partent à la retraite (anticipée) bien trop tôt, et qu'une grande quantité d'expérience est ainsi perdue. Le taux de chômage élevé parmi les jeunes et les moins formés est aussi un problème fondamental. C'est pourquoi, selon De Maeseneire, les jeunes doivent décrocher un premier emploi, quel que soit le salaire, afin de pouvoir avancer au moins une expérience professionnelle. Wouter Torfs, CEO de l'entreprise familiale Chaussures Torfs, un des champions du retail flamand, estime qu'il faut s'attaquer au piège du chômage. La différence entre les allocations de chômage et le premier salaire doit s'accentuer, pour que les chômeurs soient motivés à travailler. Il considère qu'il faut aussi protéger le pouvoir d'achat, et à cette fin, le consommateur doit garder confiance, être sûr de ses revenus, de son travail et de sa pension : "Nous devons donc nous mettre en quête d'un mécanisme qui permette au consommateur de conserver son pouvoir d'achat et de garder un même montant net, sans que les coûts salariaux n'augmentent pour les employeurs." Selon De Maeseneire, il n'y a qu'une façon pour l'Etat de créer une marge pour stimuler l'économie : économiser sur la sécurité sociale. Torfs estime qu'il faut réadopter une politique orthodoxe pour les finances publiques : "Nous ne pouvons pas harasser de dettes les prochaines générations." Et pour Jo Van Biesbroeck, directeur pour l'Europe occidentale du géant brassicole AB Inbev, il est important que les autorités et institutions nationales et européennes procèdent à la fois à des économies mûrement réfléchies et à des investissements qui le seront tout autant. Caroline Van Marcke est entièrement d'accord, et trouve l'approche européenne trop axée sur la réduction de la dette. Elle attend davantage de l'Europe qu'elle soutienne la croissance dans les PIGS (Portugal, Irlande, Espagne, Italie, Grèce). Tant le monde politique que les entreprises doivent cultiver une vision à long terme, estime-t-elle. "La dictature des chiffres trimestriels ne nous aide pas. Elle empêche les entreprises d'investir. Nous devons réfléchir à une manière de distinguer, sur le long terme, notre économie des autres." Selon Van Biesbroeck, il faut utiliser au mieux les ressources disponibles et investir les économies dans l'innovation. Ce sont des principes qui peuvent s'appliquer aussi bien dans le public que dans le privé; mais il convient de bien les expliquer aux travailleurs et à la population. Cependant, selon De Maseneire, il n'existe pas de marge budgétaire pour les stimuli, et la Belgique ainsi que l'Europe de l'Ouest doivent être rendues attrayantes pour les investisseurs et les entreprises grâce à des coûts salariaux compétitifs et à une fiscalité simple. Enfin, Van Biesbroeck estime que l'Europe doit épurer sa politique en matière d'emploi au profit de la compétitivité dans les divers pays.